Calmer une vessie hyperactive

Calmer une vessie hyperactive
Quelques gouttes ou davantage, les fuites urinaires font rarement un sujet de conversation, et, ce qui est plus dommageable, l’objet d’une consultation. À tort, parce qu’il existe une batterie de solutions.
Des fuites urinaires peuvent survenir dans diverses circonstances et ce sont celles-ci qui révèlent la maladie à l’origine des troubles. Ainsi, si les fuites se produisent à l’effort – comme courir, après un smash, un éternuement –, elles trahissent une faiblesse des muscles du périnée, le hamac qui soutient les organes du petit bassin (vessie comprise), et du sphincter urinaire. Ce sont eux qui normalement, en se contractant, gardent la vessie fermée.

À tout âge
Deuxième raison de fuites, une vessie hyperactive. Là, le besoin d’uriner est impérieux, parfois si pressant qu’il est impossible de se retenir (le syndrome de la clé dans la porte…). Les mictions sont aussi de plus faible volume et plus nombreuses, près de 10 fois par 24 heures, obligeant à se lever la nuit. Et pourtant, ce sont des femmes essentiellement, possiblement de tous les âges, petites filles à femmes plus mûres, qui souffrent de fuites urinaires, des femmes a priori dénuées de prostate !

Écarter une « intoxication par l’eau »
Les fuites lorsqu’elles sont accompagnées d’autres symptômes, aigus, des brûlures notamment, sont un signe d’infection urinaire : le traitement par des antibiotiques spécifiques gomme tous les signes urinaires. L’hyperactivité vésicale ne peut pas être confondue non plus avec une « intoxication par l’eau », quand l’on boit beaucoup, pour accompagner un régime !, bien au-delà de ses besoins, plus de deux litres par jour. Ni avec une éventuelle pathologie de la vessie dont le début est insidieux, mais que l’on peut dater, à quelques semaines près.

Si décidément les fuites sont liées à une hyperactivité vésicale, plusieurs « cartouches », petites et grosses, à utiliser isolément ou en association.
• Boissons avec modération
La consommation d’eau doit être limitée pour ne pas solliciter inutilement la vessie, comme celle de thé, café, vin blanc ou champagne, des « excitants ».
• Rééducation sans modération
Il s’agit, avec un kinésithérapeute spécialisé, de gérer la survenue d’envies pressantes. Une sorte de thérapie comportementale, de reprogrammation mictionnelle, pour ne pas se faire promener par sa vessie ! En début de traitement, pendant une à deux semaines, on se force à uriner toutes les heures par exemple pour faire disparaître la sensation d’urgence, et à terme augmenter l’intervalle libre entre deux mictions. Autre angle d’attaque, le renforcement de la musculature du périnée et du sphincter. Un travail quotidien comme pour n’importe quel muscle !
• Médicament spécifique en association
La molécule, un anticholinergique, à prendre par la bouche en une prise par jour, permet, en calmant la vessie, de supprimer l’angoisse créée par l’urgence nécessaire des mictions. Elle est prescrite pour trois mois, un point alors réalisé sur les résultats (ressenti et calendrier mictionnel), et ensuite le traitement adapté, à la demande. Une fois la maîtrise des mictions acquise, il peut être pris en situation à risque de fuites uniquement.
• Et si cela ne fonctionne pas…
Le botox est désormais autorisé pour le traitement des vessies hyperactives lorsque les médicaments sont jugés insuffisamment efficaces. Il induit une très forte relaxation musculaire à l’endroit de l’injection, sans effet indésirable. Ce bon contrôle est toutefois transitoire, six mois environ, ce qui oblige à de nouvelles « interventions » (toujours sous anesthésie locale, en hospitalisation de jour). Second inconvénient, il est parfois (dans 5 % des cas) trop efficace, ce qui oblige à un autosondage pendant quelques jours à semaines, le temps que la concentration en botox diminue. L’opération est indolore, facile… et préférée aux fuites, même avec ces contraintes, si la gêne n’est plus supportable.

Sans consultation, pas de solution !
Parce que l’on a longtemps appelé ces fuites « incontinence », dans l’inconscient synonyme de vieillesse, de fatalité, de couche ! Les femmes tardent à consulter. Un tiers seulement le fait. Non, les fuites ne sont pas un phénomène naturel, et oui, il existe toujours une solution. Quand un nom est mis sur le dysfonctionnement de la vessie, un traitement peut être proposé.
La vessie n’est pas un simple sac ; cet organe noble, complexe, mérite qu’on en prenne soin, d’autant que la gêne produite par les fuites peut se manifester de diverses manières. On est ainsi obligé de prendre ses précautions avant de sortir, de choisir son itinéraire en fonction de l’emplacement des toilettes. Par ailleurs, on peut craindre des odeurs malvenues la journée, une énurésie (des fuites la nuit) qui rend difficile la cohabitation dans un même lit. Enfin, l’orgasme favorise le déclenchement d’une hyperactivité de la vessie… Autant de bonnes raisons de consulter.

Témoignage : Annie, 65 ans - "Je maîtrise ma vie et mes envies"
Après une vie très active, la retraite et le départ des enfants que j’ai élevés seule, j’ai commencé à souffrir de troubles urinaires, de fuites, qui survenaient de façon impromptue, mais plus sûrement quand j’étais soumise à un fort stress. Mon médecin de famille m’a alors prescrit des séances de rééducation urinaire et un médicament. Et l’urologue a confirmé ce traitement, en me conseillant de poursuivre le travail des muscles du périnée tous les jours.
J’ai profité par ailleurs de ce que j’avais davantage de temps libre pour penser enfin à moi et ma forme. Un mal pour un bien ! Je me suis mise à la marche, la natation, la relaxation, ce qui me permet de mieux gérer mes angoisses… et mes envies d’uriner. Je retrouve aujourd’hui progressivement la maîtrise de mes sphincters même si je dois encore vérifier que, sur mes trajets de promenade, je peux trouver des toilettes, accessibles ! Je pense pouvoir à terme ne plus prendre le médicament ou alors dans des circonstances exceptionnelles.

Une application
« Mon coach périnée » : conçue par Tena, cette appli propose un programme de renforcement spécifique du périnée, sous la forme d’exercices simples basés sur les techniques de Pilates, à reproduire à l’aide de vidéos.


Dr Brigitte BLOND

Bien-être et santé